TACONEO

 

Catalogue de l'exposition à la galerie Anne Clergue (avril-mai 2019 - Arles)

 

 

Il est difficile de parler du travail de Jules Milhau, sans évoquer son étonnante précocité.
Pas seulement parce que cette précocité est remarquable, mais parce qu’elle interroge directement sur ce qu’est un artiste, et comment on le devient.


Comme l’écrit Anne Clergue, Jules Milhau est né dans une famille d’artistes, issue elle-même d’une longue lignée de créateurs. Et observer à travers ses oeuvres, comment Jules s’est emparé de ces riches et multiples influences, pour trouver sa propre expression, me touche énormément.


Parce qu’indépendamment de cet héritage, il y a un geste, un regard, qui est le sien, et qui ne cesse de s’affirmer, de s’épanouir, pour notre plus grand bonheur.

 

Agnès Jaoui

 

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S’appeler Jules, avoir 18 ans et le talent d’un artiste expérimenté, est inquiétant.


Sauf que Jules n’a pas la prudence de l’artiste quand il prend des risques inconsidérés: l’encre de poulpe, les fourmis, les toreros, les chanteurs, les danseurs, l’Espagne, l’Algérie, l’Italie, la Corse et en plus la Camargue. Ça fait beaucoup sur notre quotidien rongé jusqu’au trognon par le politiquement correct !


L’imprudence de ce trop talentueux ouvrier virtuose s’augmente quand l’on découvre l’énergie engagée dans son oeuvre.


Il nous rappelle les vertus du labeur, du travail et de l’obsession pour être artiste. Dessiner un nid d’oiseaux, le décliner douze fois, c’est étrangler le réel pour le faire parler davantage.
L’archange Gabriel tient déjà du coin de l’oeil l’artiste Jules Milhau, car son talent est paranormal.


Bandol, le 19 février 2019
Rudy Ricciotti
Grand Prix National d’Architecture

 

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Jules Milhau a 18 ans, il est peintre. Élevé au coeur de la vie artistique nîmoise, bercé depuis son enfance aux rythmes des ferias qui embra-sent la ville, il a côtoyé artistes, comédiens, toreros, chanteurs et dan-seurs de flamenco au Royal Hôtel, lieu de villégiature incontournable d’une époque révolue où, entre 3 et 6 ans, il dessinait les cartes de voeux de l’hôtel.


Jules est né entre la cuisine et les pinceaux. Sylvia, son arrière-grand-mère peint des Madones à longueur de journée. Cilou, son arrière-grand-tante était poète, elle écrivait des livres de cuisine pour ne pas oublier les recettes d’Espagne, d’Italie, d’Algérie, de Corse, de Camargue, sang mêlé de Méditerranée qui coule dans les veines de Jules. Sa grand-mère, Anne-Véronique passe des pinceaux à la cuisine avec talent et sans effort. Elle a donné vie pendant quelques décennies au fameux Royal Hôtel en compagnie de sa soeur Marie-Hélène. Son autre grand-mère, Françoise a fait ses études avec les artistes de Supports/Surfaces aux Beaux-Arts de Montpellier avant de rejoindre le groupe Cacharel puis la ville de Nîmes pendant les années folles de 80 à 96. Elle a croisé les plus grands toreros de la planète et a créé un festival de musique du monde.

 

Beaucoup de femmes autour de Jules, des femmes de personnalité. Sa mère Alexandra peint aussi, seulement les visages vivants, pas les toiles. Son père Philippe a travaillé pour l’agence Capa en Afrique et pris de nombreuses photos.


Lorsque Jules peint une Ménine, il introduit des poissons dans la robe, inspiré par le film de Kusturica, Arizona Dream. Quand il dessine un poulpe, c’est avec son encre. Pour ses femmes, il fabrique des éventails avec les palmiers du jardin. Il invente des toreros élancés sur la pointe des pieds. L’univers de Jules est profondément méditerranéen, il a besoin d’un bon gaspacho de la Mancha, de l’odeur forte du maquis, du soleil, des piments, du chant flamenco, du taconeo pour peindre. Ce rythme ensorcelant marqué par le talon du danseur, accompagné par les guitares. C’est ce taconeo qui ne quitte plus Jules lorsqu’il peint, un rituel qui fait partie de son processus de création.


Jules a écouté les conseils d’Eduardo Arroyo, il a cru Gérard Fromanger qui lui a soufflé « Continue », il n’a pas oublié les mots de Lucio Fanti « Je suis avec toi ». Et quand il doute, il regarde le certificat de talent que lui a écrit Nathalie Rykiel : « Je vous le dis, je vous le signe, Vous êtes pourri de talent, Croyez en vous, Je crois en vous. »


Jules, je l’ai vu grandir. Un jour il m’a dessiné un poisson, c’était il y a 5 ans, il avait 14 ans. Ce poisson ne ressemblait à aucun autre poisson et je me suis dit qu’un jour Jules exposerait dans ma galerie.


Anne Clergue, janvier 2019

 

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Format 220X220

60 pages quadri

Tirage limité à 300 exemplaires

 

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